Arrêt maladie : tout savoir sur le délai de carence, vos droits et indemnités

Tu viens de tomber malade et ton médecin t’a prescrit un arrêt de travail. La première question qui vient à l’esprit : vas-tu être payé dès le premier jour ? La réponse courte est non — et c’est précisément là qu’entre en jeu le délai de carence. Ce mécanisme, souvent mal compris, conditionne le début de ton indemnisation en arrêt maladie. Dans cet article, je t’explique tout : les règles applicables, les exceptions, le calcul des indemnités journalières, et les solutions pour limiter ta perte de salaire.

Qu’est-ce que le délai de carence en arrêt maladie ?

Récapitulatif du délai de carence en arrêt maladie en 2026
Situation Délai de carence IJSS Délai de carence employeur Indemnisation dès le 1er jour ?
Arrêt maladie ordinaire (secteur privé) 3 jours 7 jours Non (sauf convention collective)
Accident du travail / maladie professionnelle 0 jour 0 jour Oui
Affection de longue durée (ALD) 0 jour (après 1er arrêt) Variable Oui (après reconnaissance ALD)
Fonctionnaire (arrêt ordinaire) 1 jour Non
Maternité / grossesse pathologique 0 jour Oui
Arrêts successifs (même maladie, reprise < 48h) 0 jour Variable Oui

Définition simple du délai de carence

Le délai de carence correspond aux premiers jours d’un arrêt maladie pendant lesquels tu ne perçois aucune indemnité de la Sécurité sociale, ni aucune rémunération de ton employeur.

C’est une période d’attente obligatoire avant que les indemnités journalières ne soient versées. Durant ces jours, tu es bien en arrêt de travail reconnu par ton médecin, mais aucune indemnité n’est versée automatiquement au titre du régime général.

Pourquoi existe-t-il un délai de carence ?

Ce mécanisme a été instauré pour limiter les arrêts de très courte durée et maîtriser les dépenses de l’Assurance maladie.

L’idée des pouvoirs publics est que les arrêts d’un ou deux jours ne devraient pas systématiquement donner lieu à une indemnisation publique. Le délai de carence agit comme un filtre financier sur les absences les plus brèves, en incitant les salariés à ne recourir à l’arrêt maladie qu’en cas de réelle nécessité.

Quel est le nombre de jours de carence applicables ?

Le délai de carence de 3 jours pour les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS)

Dans le secteur privé, le délai de carence appliqué par la Sécurité sociale est de 3 jours calendaires. Les indemnités journalières sont donc versées à partir du 4e jour d’arrêt de travail.

Concrètement, si ton arrêt maladie débute un lundi, tu ne touches aucune IJSS les lundi, mardi et mercredi. Les indemnités journalières commencent à être versées dès le jeudi, soit le 4e jour calendaire d’absence.

Le délai de carence de 7 jours pour le complément de salaire de l’employeur

En parallèle des IJSS, ton employeur peut être tenu de maintenir tout ou partie de ton salaire. Mais là encore, un délai de carence s’applique : il est fixé à 7 jours par le Code du travail.

Cela signifie que le maintien de salaire versé par l’employeur ne débute qu’au 8e jour d’arrêt, sauf si ta convention collective ou un accord d’entreprise prévoit des conditions plus favorables, ce qui est fréquent dans certaines branches.

Différences entre le secteur privé et la fonction publique

Les règles ne sont pas identiques pour les fonctionnaires. Dans la fonction publique, le délai de carence appliqué en cas d’arrêt maladie ordinaire est d’une seule journée, contre 3 jours dans le secteur privé.

Depuis le 1er mars 2025, les fonctionnaires sont indemnisés à hauteur de 90 % de leur traitement indiciaire pendant les 3 premiers mois d’arrêt (contre 100 % auparavant). Les 9 mois suivants restent indemnisés à 50 % du traitement de base. Ce régime demeure globalement plus protecteur que celui du privé.

Comment sont calculés les jours de carence ?

Comptage des jours : week-ends, jours fériés et arrêts successifs

Le délai de carence se compte en jours calendaires, ce qui signifie que le week-end entre bien dans le décompte. Un arrêt maladie débutant le vendredi verra ses 3 jours de carence couvrir vendredi, samedi et dimanche.

Pour les arrêts successifs concernant la même affection, la règle est la suivante : si la reprise du travail entre deux arrêts dure moins de 48 heures, aucun nouveau délai de carence ne s’applique. Les indemnités journalières reprennent immédiatement dès le début du second arrêt.

Dans quels cas le délai de carence est-il réduit ou supprimé ?

Exceptions générales (accident du travail, maladie professionnelle, maternité, etc.)

Certaines situations permettent de bénéficier d’une indemnisation dès le 1er jour d’arrêt, sans aucun délai d’attente. C’est le cas notamment pour :

  • L’accident du travail ou la maladie professionnelle : les indemnités journalières sont versées dès le lendemain de l’arrêt de travail ;
  • La maternité, la grossesse pathologique ou la fausse couche : aucun délai de carence ne s’applique ;
  • Les arrêts liés à une interruption médicale de grossesse ou à une adoption.

Ces exceptions traduisent une volonté de protéger les situations les plus vulnérables, où l’arrêt ne procède pas d’un choix du salarié mais d’une contrainte médicale ou d’un événement indépendant de sa volonté.

Cas particuliers : arrêts courts, arrêts de longue durée, affections de longue durée (ALD)

Pour les arrêts de longue durée liés à une affection de longue durée (ALD), le délai de carence ne s’applique qu’au premier arrêt. Les prolongations ultérieures d’un arrêt de travail pour la même affection de longue durée ALD ne sont plus soumises à carence.

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Les IJSS peuvent être versées jusqu’à 360 jours sur une période de 3 ans pour un arrêt ordinaire. En cas d’affection reconnue en longue durée ald, cette durée peut être étendue au-delà de 3 ans sous conditions médicales particulières. C’est un filet de sécurité non négligeable pour les maladies chroniques.

Les dispositions spécifiques dans la fonction publique

Dans la fonction publique, certains régimes spéciaux prévoient des dispositions encore plus favorables selon le type de congé maladie. Le congé de longue maladie (CLM) et le congé de longue durée (CLD) sont ainsi accordés pour des affections graves.

Pour ces congés particuliers, aucun délai de carence ne s’applique et l’agent perçoit une indemnisation intégrale pendant une durée déterminée, bien supérieure à ce que prévoit le régime général applicable aux salariés du secteur privé.

Qui paie les jours de carence ?

Indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS)

La Sécurité sociale ne verse aucune indemnité pendant le délai de carence de 3 jours. C’est la CPAM ou la MSA qui prend en charge les IJSS à partir du 4e jour d’arrêt de travail, sous réserve que le salarié remplisse les conditions d’ouverture de droits.

Ces indemnités journalières IJ sont calculées sur la base des salaires bruts perçus avant l’arrêt. Elles représentent 50 % du salaire journalier de base, dans la limite d’un plafond fixé. En 2026, ce plafond est de 41,95 € bruts par jour, conformément aux règles en vigueur.

Complément de salaire par l’employeur

L’employeur doit verser un complément de salaire si le salarié remplit certaines conditions d’ancienneté. Ce maintien de salaire s’applique à compter du 8e jour d’arrêt maladie, soit après le délai de carence employeur de 7 jours.

Pendant les 3 premiers jours non couverts par la Sécurité sociale, personne ne paie obligatoirement ces journées sauf disposition conventionnelle plus favorable. C’est précisément cette zone blanche que les conventions collectives et la prévoyance peuvent combler.

Comment être indemnisé pendant les jours de carence ?

Le rôle de la convention collective et de la prévoyance

Beaucoup de salariés ignorent que leur convention collective peut supprimer ou réduire le délai de carence à leur charge. Certains secteurs comme la banque, l’immobilier ou l’informatique prévoient ainsi un maintien intégral du salaire dès le 1er jour d’arrêt pour les cadres bénéficiant d’une certaine ancienneté.

La prévoyance d’entreprise joue un rôle complémentaire important. Un contrat de prévoyance peut prendre en charge les jours non couverts par la Sécurité sociale et l’employeur, afin de garantir une continuité de revenu plus proche du salaire habituel.

Comment éviter de perdre du salaire dès le premier jour d’arrêt ?

Plusieurs leviers existent pour limiter la perte de rémunération pendant un arrêt maladie :

  • Vérifier ta convention collective : elle peut prévoir un maintien de salaire dès le 1er jour ;
  • Consulter ton accord d’entreprise : certains accords prévoient des conditions plus favorables que la loi ;
  • Souscrire une prévoyance individuelle ou vérifier que celle de ton entreprise couvre bien les premiers jours ;
  • En Alsace-Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), le droit local impose à l’employeur de maintenir le salaire sans délai de carence.

Quelles sont les conditions pour être indemnisé en cas d’arrêt maladie ?

Critères d’éligibilité aux indemnités journalières

Pour toucher des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale lors d’un arrêt maladie de moins de 6 mois, tu dois avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédant l’arrêt, ou avoir cotisé sur un salaire équivalent à 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois.

Pour un arrêt de travail dépassant 6 mois, les conditions sont plus strictes : il faut justifier d’au moins 600 heures travaillées sur les 12 mois précédents ou d’une cotisation sur un salaire équivalent à 2 030 fois le SMIC horaire.

Démarches à effectuer pour être indemnisé

Les démarches à suivre sont précises et doivent respecter les délais impartis pour ne pas perdre tes droits :

  • Faire établir ton arrêt de travail par ton médecin dans les 48 heures suivant le début de l’arrêt ;
  • Transmettre les volets 1 et 2 à ta CPAM dans un délai de 48 heures ;
  • Envoyer le volet 3 à ton employeur dans le même délai ;
  • Informer ton employeur de ta situation dès le début de l’arrêt.

Si tu dépasses le délai de 48 heures pour l’envoi, une réduction des indemnités peut être appliquée pour les jours d’envoi tardif. Mieux vaut donc ne pas attendre.

Quel sera le montant de vos indemnités journalières ?

Base de calcul des IJSS

Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale sont calculées à partir de la moyenne de tes 3 derniers salaires bruts mensuels, divisée par 91,25. Ce montant correspond à ton salaire journalier de base.

Le salaire brut pris en compte est plafonné à 1,4 fois le SMIC depuis le 1er avril 2025, soit 2 552,25 € par mois en 2026. L’indemnité journalière représente 50 % de ce salaire journalier de base, dans la limite de 41,95 € bruts par jour.

Calcul du complément de salaire par l’employeur

Le maintien de salaire versé par l’employeur vient compléter les IJSS pour permettre au salarié d’atteindre un niveau de rémunération proche de son salaire habituel. Le niveau dépend de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise.

Selon les règles du Code du travail, un salarié avec au moins 1 an d’ancienneté perçoit 90 % de son salaire brut pendant les 30 premiers jours d’arrêt, puis 66,66 % les 30 jours suivants. Ces durées s’allongent avec l’ancienneté : 5 ans, 10 ans, 15 ans et 20 ans ouvrent droit à des périodes d’indemnisation plus longues.

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Versement des indemnités journalières : quand et comment ?

Délais de paiement de la Sécurité sociale

Après traitement de ton dossier par ta CPAM, les indemnités journalières sont versées tous les 14 jours en moyenne. Le premier versement intervient généralement quelques jours après la fin du délai de carence.

La CPAM t’adresse simultanément un relevé détaillant les indemnités versées. Tu peux télécharger ce relevé directement sur ton espace ameli, sur le site de l’Assurance maladie. Ces relevés servent également à valider tes droits à la retraite — conserve-les soigneusement.

Subrogation de salaire : quand l’employeur avance les IJSS

La subrogation est un mécanisme par lequel l’employeur perçoit directement les IJSS à ta place, pour te verser en échange un salaire continu pendant ton arrêt de travail. Tu continues ainsi à recevoir ton salaire habituel sans attendre les délais de la Sécurité sociale.

Ce dispositif simplifie considérablement la situation financière du salarié durant l’arrêt. L’entreprise avance les sommes dues puis se fait rembourser par la CPAM, ce qui évite toute rupture de trésorerie personnelle pendant la période d’absence.

Arrêt maladie pour les travailleurs indépendants et sans emploi

Critères et démarches pour les indépendants

Les travailleurs indépendants relèvent du régime social des indépendants (SSI, anciennement RSI). Leur délai de carence en cas d’arrêt maladie est de 7 jours, soit bien plus long que pour les salariés du secteur privé.

Pour être indemnisé, l’indépendant doit être affilié depuis au moins 1 an et avoir déclaré une activité professionnelle. Les démarches passent par la déclaration en ligne sur ameli.fr, avec envoi du volet médical à la CPAM dans les 48 heures suivant la prescription.

Indemnisation des demandeurs d’emploi

Les demandeurs d’emploi peuvent percevoir des IJSS en cas d’arrêt maladie, à condition d’avoir cotisé suffisamment avant la perte de leur emploi. Les mêmes conditions d’ouverture de droits que pour les salariés s’appliquent.

Pendant l’arrêt maladie, le versement des allocations chômage est suspendu. Les IJSS prennent le relais pour compenser la perte des allocations durant la période d’incapacité. La durée de versement des allocations chômage est en principe prolongée d’autant.

Les changements à venir en 2025 et leurs impacts

Depuis le 1er avril 2025, le plafond de calcul des IJSS a été abaissé de 1,8 à 1,4 fois le SMIC mensuel. Cette réforme, issue de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, réduit concrètement le montant des indemnités journalières versées aux salariés dont le salaire dépasse 2 552,25 € par mois.

Par ailleurs, depuis le 1er mars 2025, les fonctionnaires voient leur maintien de salaire abaissé à 90 % du traitement indiciaire pour les 3 premiers mois d’arrêt (contre 100 % auparavant). Ces deux évolutions simultanées marquent un désengagement progressif de l’État dans l’indemnisation des arrêts maladie ordinaires, que ce soit dans le public ou dans le privé.

Dans ce contexte, la prévoyance individuelle et collective prend une importance croissante. Consultez les actualités de votre convention collective et les garanties de votre contrat de prévoyance : ce sont désormais des éléments incontournables pour anticiper l’impact financier d’un arrêt de travail prolongé en France.

Foire Aux Questions (FAQ) sur le délai de carence

Le délai de carence est-il toujours de 3 jours en 2026 ?

Oui, le délai de carence pour les IJSS reste fixé à 3 jours en 2026 dans le secteur privé. Les indemnités journalières journalières IJ sont donc versées à partir du 4e jour d’arrêt. Des discussions ont eu lieu fin 2025 sur une possible extension à 6 jours, mais aucune modification n’a été adoptée à ce stade.

Est-on payé pendant un arrêt maladie de 2 jours ?

Non, un arrêt maladie de 2 jours ne donne droit à aucune indemnité de la Sécurité sociale, puisque le délai de carence de 3 jours n’est pas atteint. Aucune indemnité n’est versée automatiquement pour un arrêt aussi court, sauf si ta convention collective prévoit un maintien de salaire dès le 1er jour d’absence.

Le week-end compte-t-il dans le délai de carence ?

Oui, le délai de carence se calcule en jours calendaires. Le samedi, le dimanche et les jours fériés entrent donc bien dans le décompte des 3 jours. Un arrêt maladie débutant le vendredi aura ses 3 jours de carence couverts sur le week-end, et les IJSS seront versées dès le lundi suivant.

Comment éviter le délai de carence pour les demandeurs d’emploi ?

Il n’existe pas de moyen légal de supprimer le délai de carence pour les demandeurs d’emploi en dehors des exceptions prévues par la loi (accident du travail, affection de longue durée). La seule solution efficace reste la souscription d’une prévoyance individuelle qui couvre les premiers jours d’arrêt non indemnisés par la Sécurité sociale.

Que faire si vous avez un doute sur vos droits ?

En cas de doute sur tes droits en matière d’arrêt maladie et d’indemnisation, plusieurs recours existent. Tu peux contacter directement ta CPAM, consultez le site ameli.fr, ou te rapprocher d’un conseiller en droit du travail. Ton employeur ou le service RH de ton entreprise peut aussi t’apporter des informations sur la convention collective applicable à ta situation.

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